September 07, 2005

 

BECAUSE YOU CAN SEE NOW THAT THE FIRE EATS OXYGEN LIKE YOUR LIFE EATS ALL ITS STORIES

and that fire keeps burning and burning, finding its shape as long as it gets fed:
a previously unpublished essay by former/current/future federmanic student "nancy" . . .
The past is indeed a cheat - you can't see this when you are twenty years old and it is 1982 and you are sitting in this guy's class, this Raymond Federman guy, and he is asking you to pull something out of yourself, to pull some words out, even though they will prove to be, he assures you, inadequate for the task. That's when you know you're going to have difficulties. But one thing you don't have, really, is the sense that the past is a cheat.

Even later, twenty-two years later, when you have abandoned creative writing for the solid form of legal writing and then moved to Florida (the whole thing being so much more complicated, but you know, somehow, that the details are unnecessary) and married a man whose family fled Poland, then Cuba, and had three children (with a fourth on the way) and become a housewife, really, nothing more - nothing more than a housewife who still reads Raymond Federman, can you really see, beyond the barest outlines of the thing, that the past is indeed a cheat.

But when you read Federman again in 2005, you are struck by his more apparent willingness to address this cheat directly. But maybe he was always direct. He was direct. But in 1982, he was also present and the past was not yet a cheat, so it was hard to believe that when it would prove to be so, absence might speak louder than presence.

But now you're sure that Federman might have been on to something. It has to do with that quote on his website, the quote about the fire delighting in its form. Because you can see now that the fire eats oxygen like your life eats all its stories and that fire keeps burning and burning, finding its shape as long as it gets fed. Just like when you write a story, you can burn through almost any content. And when that fire has finished, there is left, as Federman says, the debris. You have burned through perfectly good content just to feed a story. But Federman knows this. He might know it better than anyone.

It would be somewhat ridiculous to try to relate to him in an email written twenty-two years after you sat in his class, that his art actually worked for you - that it was a reading which took twenty years to complete (though, of course, Federman didn't speak the entire time, and if he did, you weren't listening) - that the content that you virtually ignored in 1982 because you were so taken with his form, suddenly (over twenty years) blazed to the forefront, and makes more sense than any of the other numerous fictions you've read on the matter (though those certainly invoked, shall we say, a certain mood).

But though it might be ridiculous, you had it in your mind to try because you have a nagging feeling that you owe him a story from 1982. Or maybe not.

And when you tell him that the past is a cheat as an introduction to your email you'll hope that he understands that it is the memory itself that is a cheat, for all the reasons that you didn't understand then. But you're sure he does, in fact, understand.

Because that was the thing about Federman. He didn't bang you over the head with his story. No one could accuse him of that. His story wasn't even a story. I mean, if you had asked me what it was about, I wouldn't have been able to say. Like Einstein's dark matter, story was a concept rejected as an utter failure and then, in the future, redeemed, unexpectedly. Because sometimes (you have to understand) you're just not ready for dark matter. The whole field of quantum physics had to evolve before you could read in the paper (yesterday, in fact) that you were ready for the dark matter that had been posited in the 1920's. It turns out, surprisingly, that such a thing as dark matter does exist and that Federman did tell a story after all. It just took a few years to see it. And we still don't see it, because, after all, it's dark matter...and it's still Federman's absence of a story. But we can posit both their existences.

Then what? Well, judging from the past, you'll want to draw a whole bunch of conclusions, but knowing that the past is a cheat (or at least the memory of it is), you might this time avoid that temptation and let the story (or lack thereof) continue to evolve. You might just be satisfied to say, for now good night, (or good morning) and end where you should have begun, with the salutation dear ray...thanks.


--nancer99, 2004 (previously unpublished)
[AND NOW IN FRENCH]
Le passé, c’est vraiment un tricheur. Tu ne t’en rends pas compte quand tu as vingt ans, que tu es en 1982, assise dans la classe de ce type, ce Raymond Federman qui te demande d’extraire quelque chose de toi-même, des mots au moins, même si, comme il te l’assure, ils ne seront sûrement pas à la hauteur de la tâche. C’est là que tu sais que tu auras des problèmes. Mais il y a une chose que tu n’as pas, c’est le sentiment que le passé est trompeur.

Même plus tard, 22 ans plus tard, quand tu as abandonné la création littéraire au profit de la rédaction de textes juridiques, que tu as déménagé en Floride (tout cela bien plus compliqué qu’il n’y paraît mais, mais passons sur les détails), que tu as épousé un homme dont la famille avait fui la Pologne puis Cuba, que tu as trois gosses (avec le quatrième en route), que tu es devenue une femme au foyer, oui rien de plus, rien de plus qu’une femme au foyer qui lit toujours Federman, est-ce que tu peux, par-delà les grandes lignes, est-ce que tu peux réellement voir que le passé est un tricheur.

Mais quand tu te remets à lire Federman en 2004, ce qui te frappe, chez lui, c’est cette volonté de prendre cette tricherie au collet. Peut-être qu’il l’a toujours fait. Mais, en 1982, Federman appartenait au présent, et le passé n’était pas encore trompeur, il était donc difficile de croire que lorsque tu t’en rendrais compte, l’absence serait plus éloquente que la présence.

Mais maintenant, tu es sûre que Federman tramait quelque chose. C’est cette citation que tu lis sur son site internet, cette phrase au sujet du feu qui prend plaisir dans sa forme. Parce que tu vois maintenant que le feu se nourrit d’oxygène comme ta vie se nourrit de toutes ses histoires et que le feu n’arrête pas de brûler, qu’il renaît de ses cendres, tant qu’on l’entretient. Tout comme quand on écrit une histoire, on peut en détruire le contenu par le feu. Et quand ce feu s’est éteint, comme dit Federman, il ne reste que des débris. On a soumis au feu qui l’a consumé un contenu parfaitement bon., juste pour alimenter une histoire. Mais Federman sait bien ça, mieux que quiconque.

Ce serait ridicule d’essayer de lui raconter dans un courriel écrit 22 ans après que tu as suivi son cours, que son art, en fait, a bien marché pour toi, que ça t’a pris 20 ans pour arriver au bout de la lecture du texte [ Federman, bien sûr, ne parlait pas tout le temps et si oui, tu n’écoutais guère), que ce contenu que tu avais virtuellement ignoré en 1982, parce que tu étais trop prise par sa forme, soudain, plus de 20 ans après, ce contenu s’est mis à flamboyer sur le devant de la scène et qu’il a plus de sens que toutes les autres fictions que tu as lues sur le sujet (même si certaines d’entre elles avaient, disons, une certaine ambiance. Mais même si ça semble ridicule, tu avais envie d’essayer parce que tu as une idée qui te taraude, le sentiment que tu lui dois une histoire depuis 1982. Ou peut-être pas ?

Et quand tu commences ton courriel en lui disant que le passé est un tricheur, tu espères qu’il comprendra que c’est le souvenir qui est trompeur, que c’est la mémoire qui triche, pour toute sortes de raisons que tu ne comprenais pas à l’époque. Mais tu es sûre, en fait, qu’il comprend.
C’était ça, avec Federman : Il ne te tapait pas sur le crâne pour y faire entrer son histoire. Personne ne pourrait l’accuser de ça, Son histoire, c’était même pas une histoire. Si on m’avait demandé de dire de quoi il s’agissait, j’aurais bien été incapable de le dire. Comme la matière sombre d’Einstein, l’histoire était un concept rejeté alors comme un échec total et racheté, de façon tout à fait inattendue, par la postérité. Il faut comprendre qu’on n’est pas toujours prêt pour la matière grise ou noire ou sombre. Il a fallu toute un évolution dans le champ de la physique quantique pour qu’on puisse lire dans le journal (hier en fait) qu’on était prêt pour la matière noire invoquée dans les années 1920. La grande surprise, c’est que la matière noire existe et que donc, Federman racontait bel et bien une histoire après tout. Il a fallu quelques années pour s’en apercevoir. Et encore, on ne le voit pas bien parce que c’est de la matière noire justement...et que c’est toujours l’absence d’histoire que raconte Federman. Impossible de postuler l’existence de l’une ni de l’autre.

Et alors? eh bien à en juger par le passé, tu as envie de tirer tout un tas de conclusions, mais tu sais que le passé est trompeur (ou au moins le souvenir que tu en as); peut-être que, cette fois, tu vas éviter la tentation et laisser l’histoire (ou son absence) continuer à évoluer. Tu pourrais te contenter de dire bonsoir (ou bonjour) et t’arrêter là où tu aurais dû commencer, par des salutations.. Cher Ray...merci!

Comments:
Nancer99 -- I absolutely LOVE what you have written! It's beautiful!

*L*
 
I agree. Thanks again you guys.
 
great
 
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